Récemment, un de mes amis, pianiste professionnel et compositeur, me disait : « je n’aime pas les orchestres d’harmonie. C’est bruyant, c’est trop fort, et puis il manque quand même l’essentiel, les cordes, l’âme de l’orchestre ».
Un brin agacée, pour ne pas dire carrément vexée, de cette vision réductrice et puro-simpliste, je l’ai entraîné, avec sa fille violoniste, à un concert de l’Harmonie Colmarienne. Nous y jouions ce soir là, entre autres choses, le « Mont Blanc » d’Otto Schwarz. A la fin du concert j’ai retrouvé mon ami et sa fille, tous deux épatés par les talents et le goût musical de notre chef, subjugués par Otto Schwarz et admiratifs de la prouesse de la bande d’amateurs que nous sommes.....
Un orchestre bruyant et sans âme donc. Voyons cela : trop fort les barytons, dont l’insoupçonnée douceur nous enveloppe au début de New Age ? Bruyant, le cor anglais de Frédéric, la flute d’Hélène, le sax de Sébastien si doux dans Highlands ? Brise-tympans, le magnifique son de clarinette de Fabian ? Leur son n’est il pas au contraire porté par leur émotion, ne s’envole-t-il pas tout la haut pour faire éclater sa pureté et retomber à nos oreilles comme une poussière d’étoiles ? Moi qui ne fait que modestement les accompagner cachée au 2ème rang, je la sens bien cette émotion, cet élan euphorique ou cette retenue mélancolique, elle se communique à moi pour que dans l’interprétation on ne fasse plus qu’un, pour que, guidés par notre chef, l’accompagnement ne soit qu’un soutien qui mette en valeur le soliste, sans en dénaturer l’expression... N’est elle pas là, l’âme de l’orchestre, dans la synchronisation des émotions que nous voulons transmettre à nos auditeurs, et révélées par des dizaines de bouches, des centaines de doigts ?
Il faut reconnaître qu’un Egmont ou un 1812 est plus heureux à l’oreille lorsqu’il est joué par un orchestre symphonique. Tout simplement parce qu’il a été écrit comme ça à l’origine. En nous essayant à cet exercice, nous ne cherchons pas à rivaliser, mais seulement à nous faire plaisir en interprétant une œuvre qui nous plait, à relever un défi aussi en sachant placer nos respirations au bon endroit, là où les cordes ne jouent que de la main et du bras....et si le travail du compositeur qui l’a adaptée est bon, cela peut donner quelque chose de pas mal...quoi que toujours différent de l’original. Par ce biais, nous avons aussi l’opportunité de faire connaitre des œuvres maîtresses du patrimoine musical, à un public qui n’aurait peut-être pas l’idée ni l’occasion d’aller écouter un concert symphonique....
Là où nous excellons en revanche c’est sans conteste dans la musique descriptive, là où rien qu’en fermant les yeux « on s’y croirait » : qui mieux que nos barytons et tubas pourrait interpréter cette ambiance mystérieuse et terrifiante de la caverne du dragon, qui mieux que nos cors et trombones pourraient pousser un vrai cri de monstre ? Demandez donc à un orchestre à corde de faire un bruit de nasaux en « soufflant à vide dans l’instrument » comme indiqué sur la partition ! Dans Highlands on voit défiler les paysages d’Ecosse en écoutant le saxophone, et dans le 3ème mouvement on croirait presque voir une horde de combattants en kilt, à l’image de Mel Gibson dans Brave Heart. Pensez vous qu’un violoncelle (et Dieu sait combien j’aime le violoncelle) sache imiter un bourdon de cornemuse aussi bien que ma clarinette basse ? Et comment parler des Highlands sans évoquer ce légendaire instrument... Voilà où je veux en venir : chacun sa spécificité, chacun son style. La musique est riche et nous avons d’excellents compositeurs contemporains, qui savent mettre en valeur les possibilités et différences de chaque type d’ensemble. Les orchestres symphoniques et les orchestres d’harmonie ne sont pas en concurrence, ils sont complémentaires pour exploiter toutes les facettes de la musique et du génie des compositeurs.
Un chef compétent, un compositeur de talent, un programme bien monté et des musiciens passionnés et solidaires, voilà l’âme de l’orchestre. Et si vous venez nous écouter en concert, vous pourrez la toucher du bout du cœur....
Véronique, Clarinette Basse
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